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RATURES : JE VOUS HAIS!

A l’âge de huit ans, je suis entrée au centre « Claire Girard ». Là, j’ai appris à lire et à écrire. Comme je ne pouvais pas écrire à la main, une ergothérapeute m’avait appris à me servir d’une machine à écrire. A cette époque, on ne connaissait pas encore les ordinateurs. Il y avait seulement des grosses et lourdes machines « IBM » qui faisaient du bruit à chaque fois que l’on tapait sur une touche. A l’aide d’un petit manchon en plâtre à mon index droit et d’un cache touches, je pus enfin écrire. Je devais apprendre aussi toutes les lettres du clavier par coeur comme une dactylo. C’était comme un jeu pour moi. Et quelques années plus tard, mes parents m’avaient offert une. Je rêvais d’avoir une à moi.

Les années passèrent et j’allais au centre de Neuilly toujours avec ma grosse et lourde machine et avec la même installation. Sauf que mon ergothérapeute de l’époque m’avait refait mon doigtier dans une matière en plastique. J’étais contente car il était léger et je n’avais plus peur qu’il se casse quand il tombait parterre.
Lorsque je tapais à la machine, je faisais beaucoup de RATURES. On ne pouvait seulement écrire qu’en rouge et en noir. Cela m’ennuyait un peu car ce n’était pas agréable une lettre pleine de RATURES.

Au centre de Valençay où je suivais les cours par correspondance pour avoir le brevet des collèges. J’écrivais encore sur ma vieille machine. Je tapais tous mes devoirs sauf les devoirs de mathématiques parce qu’il fallait faire des dessins avec des droites et des cercles. Impossible de les faire à la machine. Alors le professeur qui m’expliquait mes cours, m’aidait à les faire. Dans ce centre, nous étions obligé d’aller dans les ateliers. Pour ma part, j’allais en atelier de couture et en dactylo. Dans cet atelier, on nous apprenait à faire des lettres administratives toujours avec ces fâcheuses RATURES. Mais ce qui m’énervait le plus c’était de chronométrer la vitesse de chaque élève lorsqu’il tape à la machine. J’étais toujours la dernière dans ce genre d’exercice.

Le centre avait eu une machine allemande qui ressemblait un peu à un ordinateur. Ils l’avaient installé dans un placard à roulettes afin que l’on puisse le déplacer facilement. Dedans, se trouvait une petite télévision et plusieurs boites bleues avec des boutons de réglage. On m’avait proposé de travailler dessus pour faire mes devoirs. J’ai accepté car je savais que cette machine pouvait changer la façon d’écrire. Durant quelques jours, j’ai appris son fonctionnement. Puis on l’avait installé en classe. Je prenais beaucoup de place avec cette grosse armoire. Cette machine n’avait pas de clavier. Lorsqu’on allumait l’écran noir et blanc, apparaissait un tableau de lettres avec un spot qui défilait dessus. En utilisant un gros bouton rouge relié par un fil au spot nous permettait d’écrire une phrase. En haut de l’écran, on pouvait voir ce que nous avions écrit. Notre texte sortait d’une petite imprimante sur une feuille argentée. J’avais constaté avec joie qu’il n’y avait plus de RATURES. Mes devoirs étaient propres et agréables à lire.

Comme cette machine était allemande, les lettres du tableau n’étaient pas placées comme sur un clavier de machines françaises « azerty ». Il m’avait fallu quelques jours pour que je m’habitue.

Quelques années plus tard, j’avais demandé de m’acheter à mon père un ordinateur. Car comble de chance ma machine à écrire de l’époque était tombée en panne. Il m’avait demandé ce que je voulais faire avec un ordinateur ? Je lui expliquais que cette

machine me permettrait d’écrire sans RATURES et je voyais mieux mon texte à l’écran. Alors il a fallu que mon père cherche une boutique qui vendait des ordinateurs. Nous étions dans les années 80 et il n’y avait peu de magasins pour ce genre de matériel. Il voulait m’acheter un petit pas cher pour voir si je pouvais me débrouiller. Mais avant il était allé à la mairie de notre ville pour voir s’il ne donnait pas de cours d’informatique. Il y avait justement un. Ce cours était plutôt pour les enfants. Ils s’intéressaient qu’aux jeux mais ils n’apprenaient pas l’informatique. Et le professeur nous avait dit qu’il ne donnait pas de cours particulier.

Nous étions partis mon père et moi ! Peu de temps après, il avait trouvé un petit magasin à Paris qui vendait des ordinateurs pas chers. Dés que j’ai eu mon premier ordinateur, mon père se demandait comment il allait faire pour me fabriquer un cache touches car on ne pouvait pas en acheter. Alors il s’était procuré un morceau de plastic-glace. Après avoir fait le cache touches avec beaucoup de mal, mon père pouvait enfin l’installer sur le bureau. Cet ordinateur n’avait pas de souris ni unité centrale ni disque dur. Mais il y avait seulement un lecteur de disquettes. Avant de travailler dessus, il fallait que l’on apprenne le langage « basic ». Mon père et moi l’avions appris avec un manuel qui se vendait avec. Au fur et à mesure qu’il avançait dans son apprentissage, j’avançais à grands pas avec passion. Puis j’avais pu enfin me servir du traitement de texte. J’avais aussi une petite imprimante qui imprimait sur des papiers en rouleaux. C’était formidable !

Après avoir usé quelques ordinateurs, je me suis achetée un avec une souris adaptée. J’ai aussi Internet. Je peux faire plein de choses : regarder dans un dictionnaire sans me fatiguer ou bien jouer aux échecs avec le monde entier. Je communique par email avec ma famille et mes amis. Je mets sur mon disque dur tous mes cd que je veux écouter et mes photos préférées.

Et mes RATURES se sont envolées comme par magie… !
Florence Jacob